Le Premier ministre a annoncé un durcissement des règles d’isolement des personnes cas contact, avec désormais une quarantaine à l’hôpital plutôt qu’au domicile. Une telle mesure suffira-t-elle à éviter de nouveaux cas ? Un épidémiologiste nous donne son éclairage.
Fini l’auto-isolement à la maison. En France, les personnes cas contact des personnes testées positives au hantavirus doivent désormais faire leur quarantaine en milieu hospitalier.
Une mesure qui interroge : arrive-t-elle tardivement ? Est-elle trop stricte, ou faut-il au contraire en faire davantage pour freiner la propagation de ce virus ? Comme souvent en épidémiologie et virologie, il est difficile de répondre avec certitude à ces interrogations.
Des mesures de précaution fortes en France
Interrogé par nos soins, le Pr Emmanuel Piednoir, infectiologue, professeur à l’université de Caen Normandie et praticien hospitalier au Ch d’Avranches Grandville, rappelle que l’incubation maximale de la maladie, c’est-à-dire la durée entre la contamination par cet hantavirus et l’apparition des symptômes de l’infection, est de six semaines, tandis que l’incubation moyenne est d’une quinzaine de jours. Dans ce sens, « il est logique de proposer une quarantaine qui est en adéquation avec une durée d’incubation connue », estime le spécialiste.
L’épidémiologiste rappelle que si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) donne bien des recommandations, « celles-ci ne s’imposent pas aux États ». Si bien que chaque État est souverain dans son choix d’isoler ou non les cas contacts, et de choisir de quelle façon a lieu cet isolement (lieu, durée, contrôles…).
S’il ne se dit pas inquiet, le Pr Piednoir demeure « extrêmement vigilant », et estime que les mesures mises en place en France sont « tout à fait pertinentes », alors même qu’aux États-Unis par exemple, « les autorités ont considéré que le pouvoir épidémique interhumain était tellement faible qu’il n’y avait pas lieu de mettre en place quelconque mesures ». « La France a été plutôt maximaliste, et je pense que c’est plutôt bien, au nom du principe de précaution », précise l’épidémiologiste, qui souligne que l’avenir dira si la France a péché par excès de prudence ou si de telles mesures étaient judicieuses sinon indispensables.